Ouais, le lin, tout le monde est à fond dessus, cultivé in la France, vêtement made in la France !... et pourtant :c
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Attention, spoil ci-dessous :
La France produit 75 % de la production mondiale de lin grâce au climat et au savoir-faire des cultivateurs et de teilleurs (merci wikipédia). Le voyage de notre fibre de lin commence dans un champ français, continue dans des usines de teillage à quelques kilomètres, avant qu'une ellipse temporelle ne l'emporte plus de 9000 km plus loin, en Chine. Mais pourquoi là-bas ?
D'abord parce que le marché s'y développe ; les classes aisées s'enrichissent et profitent de l'ouverture des marchés internationaux pour chercher des produits de luxe (en France, le vin, les spiritueux, la mode etc. par exemple). Il semble que la Chine, malgré son immense territoire, n'ait pas trouvé de climat idéal pour sa culture, et vient donc se fournir en France.
La concurrence sur le transport y joue aussi : dans cet article de Libé Didier Lamerant, patron d'une linière, explique : «Un container au départ du Neubourg pour Dalian coûte 40 % moins cher qu'un camion pour aller à Milan...». Les armateurs ne veulent pas repartir à vide vers la Chine et don cassent leurs prix.
D'autre part, la main d'œuvre coûte une misère en Chine, et de plus - attention ceci est pure spéculation de ma part - les normes y sont autrement plus souples que celles en France quant aux conditions de travail. Moins cher, plus rapide, mais avec plus d'accidents et de produits chimiques... (deux autres exemples : les coquilles St-Jacques françaises lavées en Chine avant de revenir au pays, et le sablage des jeans en Tunisie, technique interdite en France qui détruit la santé des travailleurs...)
Le marché chinois ne garde pourtant pas toute cette fibre pour lui : après un petit tour en usine, le lin revient en France, trié, tissé, nettoyé, prêt à découper ; il passe entre des mains compétentes qui nous vendent un vêtement de vraie qualité, de la matière première jusqu'à la finition.
En 2019, le kilo de fibre longue s'est vendu à 3€60 contre 1€90 l'année précédente. La veste de la vidéo est vendue à 110 euros et pèse 250g.
Que payons-nous au final, lorsque nous achetons ce beau vêtement de créateur.rice ? Les agriculteur.rices ? Le transport ? La main d'œuvre chinoise ? Les produits et les machines ? Le dessin du vêtement ? La fabrication française ? Les taxes et les charges sociales ?
Bien sûr cette réflexion fonctionne en vase clos ; il faudrait extrapoler pour avoir la vraie mesure des choses : quid du coton, qui demande tant d'eau, dont la culture s'étend sur des kilomètres carrés et détruit la biodiversité ? et des synthétiques, des dérivés du pétrole qui laissent partir des minuscules bouts de plastique qui ne seront pas filtrés, à chaque lavage en machine ?
Une des solutions reste la friperie. Mais j'ai bien conscience que tout le monde n'y a pas accès pour des raisons très différentes c: