
Un système de pompage de la sève brute constitué de suçoirs
Durant les mois suivants, on voit les cotylédons de la plantule se ratatiner : les réserves de l'albumen sont utilisées par les cellules méristématiques du méristème terminal situé à l'extrémité du cône. En proliférant, les cellules méristématiques exercent une pression mécanique sur les tissus de l'hôte, si bien que le cône fonctionne comme un véritable "clou végétal" qui perfore l'écorce de l'hôte et pénètre dans ses tissus jusqu'au niveau de la couche de bois vivant (xylème II). Une action chimique assurée par la sécrétion d'enzymes hydrolytiques par le cône favorise également sa pénétration. Cette opération a pris plusieurs mois, on est maintenant en hiver, les cotylédons sont tombés et la plantule est alors réduite à un moignon de 5-6 mm de long.
En profondeur cependant, le cône, devenu un suçoir primaire, produit tangentiellement des cordons corticaux qui vont s'insinuer sous l'écorce et vont eux même produire des suçoirs secondaires se développant radialement comme le suçoir primaire. Suçoir primaire et suçoirs secondaires vont alors atteindre le xylème II et y puiser l'eau et les sels minéraux qui constituent la sève brute. Ils ont développé dans leurs tissus des vaisseaux de xylème qui vont conduire la sève (directement pour le suçoir primaire, en passant par les cordons corticaux pour les suçoirs secondaires) jusqu'à la jeune tige de la plantule. L'ensemble formé par le suçoir primaire, les cordons corticaux et les suçoirs secondaires, constitue le système de pompage de la sève brute du gui ou appareil haustorial du gui. Contrairement à d'autres plantes parasites comme la cuscute, l'appareil haustorial du gui est très condensé.
Morphologie de l'appareil haustorial du gui.En haut, à gauche : boule de gui femelle ancrée sur une branche hôte de peuplier. Notez l'unique point d'insertion de la boule de gui sur l'hôte (appareil haustorial condensé) et l'élargissement de la branche au niveau de la zone de contact, en réaction au développement de l'appareil haustorial. En haut, à droite : détail de la zone d'ancrage d'une boule de gui âgée sur une plante hôte. En bas, à gauche : coupe longitudinale d'une branche hôte parasitée, montrant le suçoir principal (suçoir primaire) du gui et les cordons corticaux émis latéralement à partir de celui-ci. Les cordons corticaux, qui se développent dans les tissus périphériques (parenchyme cortical) de la branche hôte, sont chlorophylliens (ils apparaissent en vert) et peuvent régénérer une touffe secondaire de gui à proximité de la touffe principale, comme c'est le cas ici. En bas, à droite : détail de la structure de l'appareil haustorial du gui. Outre le suçoir primaire et les cordons corticaux (coupés ici longitudinalement), l'appareil haustorial du gui comprend également de nombreux suçoirs secondaires dont certains apparaissent en coupe transversale de manière isolée au bas de la photo.




Une fois que le système de pompage de la sève brute est installé, celui-ci va grandir en suivant la croissance en épaisseur de la branche hôte. Et, chose extraordinaire, les suçoirs vont rester au contact de la couche fonctionnelle de bois sans être écrasés par la mise en place des nouvelles couches (cernes) de bois qui s'élaborent année après année à l'extérieur des couches des années précédentes à partir de la zone génératrice libéro-ligneuse (cambium). En effet, les suçoirs de gui possèdent en plus de la zone méristématique terminale citée précédemment, une zone méristématique intercalaire qui se situe exactement dans le prolongement du cambium et dont le rythme d'activité est synchrone à celui du cambium si bien que les suçoirs, qui présentent une croissance "à reculons" au rythme de la croissance de la branche hôte, ne sont pas écrasés.