Au sujet des plantes carnivores

Au sujet des plantes carnivores

par Utilisateur supprimé,
Nombre de réponses : 3

Bonjour!

Je me demandais si on pouvait parler de terminaisons nerveuses pour les plantes carnivores, notamment la droséra?

si non, doit-on parler de sensitive, et quelle est la différence entre ces deux termes: terminaisons nerveuses et plantes sensitives qui réagissent à un contact? tout comme les terminaisons nerveuses nous permettent de ressentir...

Merci! sourire

En réponse à Utilisateur supprimé

Re: Au sujet des plantes carnivores

par Cécile ISS,
Bonjour Delphi Nium,

Fermeture Dionée sur mouche

Je ne suis pas spécialiste en botanique mais je ne crois pas qu'on puisse parler de "terminaisons nerveuses " en botanique (peut-être me contredira-t-on ?). Ce qui s'en rapproche le plus à ma connaissance, c'est la stimulation de type électrique/ionique des poils de la Dionée qui déclenche la fermeture de ses mâchoires (gif issu de shotsofscience.com).

En ce qui concerne les plantes comme le Mimosa Pudica, leur capacité à sentir des stimuli mécaniques et à se mouvoir (sans se déplacer pour autant clin d’œil ) est en fait due à des phénomènes purement hydrauliques !

En effet, des chercheurs du CNRS ont montré que ces plantes capables de mouvement ont la capacité de jouer avec la pression de l'eau qui les compose avec brio! Elles peuvent ainsi "sentir" une pression sur leurs feuilles (cela créé un déséquilibre de pression dont elles peuvent localiser la source grâce à la propagation de l'onde le long de leurs tiges) et d'y réagir en initiant un transport d'eau au sein de leurs tissus par osmose ou évaporation... le tout parfois associé à des astuces mécaniques pour gagner en vitesse (Dionée)!
Je vous raconte tout ça, mais les auteurs de cette étude vous l'expliqueront sans doute mieux que moi !

Pour la Droséra, c'est principalement sous l'action des mouvements frénétiques de l'insecte (ou autre) englué que le piège se referme: à force de s'agiter, il va entrer en contact avec de plus en plus de poils/tentacules pour finir totalement cerné ! Ensuite, la feuille se replie lentement sur sa proie pour la digérer et je suppose que ce mouvement lent est dû aux phénomènes hydrauliques décrits par l'équipe de Y. Forterre.

J'espère vous avoir donné matière à investigation en attendant une réponse plus complète ou approfondie de la part d'un de nos pédagogues !

Bon MOOC,

Cécile



En réponse à Utilisateur supprimé

Re: Au sujet des plantes carnivores

par Marc-André SELOSSE,

Les plantes n'ont pas de système nerveux, c'est à dire pas de cellules spécialisées dans le transfert ou la perception de signaux du milieu (lumière, toucher, odeurs...). Elles sont organisée différemment : des cellules banales, quelconques, peuvent percevoir des signaux et les passer à leurs voisines, auxquelles elles sont reliées par de fines connections - les plasmodesmes. C'est le fait de toutes les cellules de la plante, une sorte de propriété de communication 'de base' que n'ont pas nos cellules (pas de plasmodesmes chez les animaux !). Ceci exige donc chez les animaux d'avoir de longues cellules (les neurones) spécialisées dans le transfert d'information d'un endroit de l'organisme à l'autre, dialoguant entre elles (au niveau des synapses) et formant, ensemble, le système nerveux.

Chez les plantes, pas de système nerveux, pas terminaisons nerveuses : juste des cellules banales dont la surface est, en ce cas, sensible à l'étirement. C'est ce qui se passe si on les touche, et surtout si on touche les petits poils à la surface du piège de la dionée: ça déforme les cellules sous-jacente). Si il y a assez de stimulus venus des cellules de la feuilles (si plusieurs poils sont touchés et par plusieurs fois) l'excitation parvenant à la charnière du piège atteint un niveau suffisant pour qu'il s'active - et la feuille se referme ! 


En réponse à Marc-André SELOSSE

Re: Au sujet des plantes carnivores

par Karel MAES,

Bonjour à tous et surtout un grand merci à Marc-André Selosse pour son éclairage toujours instructif et simple. Lire à ce propos son livre récent "Jamais seul", qui a modifié en profondeur la vision que j'avais du vivant! 

On entend de plus en plus parler de "Phytoneurologie" en ce qui concerne les capacités sensitives et de communication (intra- et inter-) des plantes. Oui, les découvertes dans ce domaine progressent à vive allure et je m'en réjouis énormément. Mais je reste résolument opposé au terme pour les mêmes raisons évoquées dans ce fil de discussion (pas de neurones donc pas de neurologie végétale).

Trop souvent une analogie hasardeuse entre les caractéristiques des animaux et celles des plantes nous donnent une fausse vision du  monde végétal. Et nous savons bien que les plantes forment un règne à part entière, qui a besoin d'une vision propre à lui. Mais comment donc appelle-t-on cette science botanique qui s'occupe de ce domaine?

Bon Mooc

Karel