Le silence du peuplier... (Une histoire vraie)

Le silence du peuplier... (Une histoire vraie)

par Abdelghani AZZI,
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J’ai un peuplier. Du moins ce qui en reste.

Je l’ai planté il y de cela six ans.

 

Un jour, alors qu’il avait déjà atteint deux mètres de fût, un vent violent en brisa la flèche du tronc.

Là, en ce moment, j’estime que je suis un « bourgeon » en botanique. Alors imaginez mon état d’il y a six ans… Pour vous dire qu’instinctivement, j’entrepris de « soigner » mon pauvre peuplier blessé.

Je demandais à mon fils ainé de monter sur l’arbre et, à l’aide d’une scie, de soulager le « patient » de sa partie brisée mais encore pendante.

Sur le  moignon restant, je mis un emplâtre improvisé de terre mouillée qui, pensais-je, allait éloigner les fourmis.  Je ne savais pas si cela se faisait, je le fis quand même et tout alla pour le mieux.

Je confirme que cet incident était complètement dû au hasard (Enfin on n'est jamais sûr de rien en définitive).

Un vent fort peut faire tomber un arbre.

Voilà pour l(a longue)’introduction…

Ce que je ne savais pas à l’époque, c’est que mon peuplier souffrait d’un autre problème dont j’étais, cette fois,  la cause…

En effet, en voulant qu’un lierre à proximité « monte » dans le peuplier, j’avais attaché à l’une des deux charpentières de ce dernier une bonne corde en nylon d’un centimètre de section, corde qui rejoignait le lierre paresseux.  


Au fil des semaines, tout alla bien, le lierre montait doucement vers son tuteur. Je l’aidais chaque fois que je passais par-là, en l’enroulant autour de la corde pour lui montrer le chemin vers son copain.

Mais le regrettable finit par arriver un jour… de grand vent bien évidemment!

Car c’est toute la branche charpentière, à laquelle était attachée la corde, que je retrouvais au matin sur le sol, complètement brisée.

Explication.

La corde, implacable, refusant de céder sous la force de croissance de la branche, finit par être « engloutie » par cette dernière. Mais en réalité les « lèvres » qui s’étaient refermées sur la corde, ne s’étaient jamais soudées. La branche avait donc, au niveau de la corde, un diamètre "apparent" nettement supérieur au diamètre du cœur de la branche qui lui était ininterrompu, et qui était égal au diamètre de la boucle formée par la corde nouée quelques années auparavant.

La branche devenue trop lourde pour un si petit diamètre ne pouvait plus supporter un vent même modéré.

Mon peuplier est toujours là. Avec son unique charpentière. Silencieux, tant qu'il n'y a pas de vent.

Amoché. A cause de moi. De mon ignorance. Et de mes bonnes intentions.

Le lierre a fini par le rejoindre. Il feint de le soulager. Tente de masquer ses cicatrices.

Quand à moi, je le laisse tranquille.

Un peu de peur d’en rajouter.

Beaucoup par honte.





Ghani ______________________________________________________________________
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