Information sur l'exploitation et l'utilisation du Chanvre
Pour obtenir des récoltes optimales, le chanvre doit être cultivé dans un
climat tempéré humide et dans un sol bien drainé et non acide avec une forte
concentration d’azote. Le sol doit être humide, mais sans excès, car il a été
montré qu’une trop grande quantité d’eau favorisait la production de fibres
fragiles. Les étés frais sont également censés favoriser la production de fibres
fines et solides.
Récolte et séparation des
fibres de chanvre
Lorsque le
chanvre est cultivé exclusivement pour sa fibre, les plants mâles et femelles
sont coupés dès que les mâles commencent à libérer du pollen. S’il est cultivé
pour sa fibre et ses graines, les plants mâles ne sont coupés qu’après
pollinisation des plants femelles, ces derniers étant laissés à mûrir jusqu’à
ce que les graines soient arrivées à maturité, après quoi les plants sont
coupés et la fibre est séparée des graines.
Il est
intéressant de noter que les cultivateurs traditionnels de chanvre au
Royaume-Uni ont toujours considéré que les plants mâles produisaient des fibres
plus fines et plus soyeuses que celles de plants femelles.
Rouissage de la fibre de
chanvre
Une fois
les plants coupés, les tiges sont habituellement couchées sur le sol et
laissées à rouir pendant plusieurs semaines. Le rouissage est un processus de
pourrissement dans lequel la pectine (le polysaccharide à la texture semblable
à du gel présent dans la plupart des parois cellulaires végétales) qui lie les
fibres ensemble se décompose au contact de la lumière et de l’air, découvrant
les longues fibres libériennes. Les fibres libériennes sont celles qui couvrent
le phloème ou l’écorce intérieure des plantes dicotylédones telles que le
chanvre et le lin.
Le
rouissage peut également être réalisé dans des réservoirs d’eau, ce qui
accélère le processus, ou dans la glace et la neige, technique qui est censée
produire des fibres plus fines et d’une couleur plus claire. Aujourd’hui, il
existe également des moyens chimiques et enzymatiques permettant d’accélérer le
processus de rouissage.
Décorticage de la fibre de
chanvre
Le
décorticage est l’opération qui consiste à extraire le cœur ligneux de la tige.
Cette étape peut être réalisée immédiatement après le rouissage, alors que les
tiges sont encore mouillées. En pareil cas, les fibres humides sont décollées
du cœur et ensuite séchées. Une autre méthode consiste à sécher les tiges avant
de les battre avec une machine spéciale qui casse le cœur ligneux et le sépare
des fibres.
Les
décortiqueurs modernes passent souvent outre la nécessité de longues périodes
de rouissage et de processus séparés de décorticage, et réunissent ces
processus en une seule opération qui leur permet de produire des fibres prêtes
à être mises en balles en quelques minutes après la coupe des plants.
Textiles de chanvre fabriqués de fibres de chanvre
Qu’il
soit employé seul ou mélangé avec d’autres fibres naturelles comme le lin ou la
soie, il a toujours été possible de fabriquer une grande variété de tissus
durables et de haute qualité à partir du chanvre. Contrairement à son image
traditionnelle qui veut que le tissu en chanvre est une toile ou un drap
grossier et rêche, il est également possible de fabriquer un nombre incroyable
de tissus délicats à partir de cette fibre.
Traitement des fibres de
chanvre
Une fois
les fibres séparées, elles sont réunies en balles, ramassées et évacuées des
champs en vue d’être filées. Souvent, la fibre est filée sans autre forme de
traitement ; toutefois, certains producteurs ont élaboré des processus
chimiques ou mécaniques permettant de renforcer la douceur ou l’élasticité des
fibres.
Par
exemple, un processus consiste à tremper les fibres dans une solution de savon
et de carbonate de soude presque bouillante avant de les laver à l’eau et de
les tremper dans de l’acide acétique dilué. Les fibres sont ensuite lavées une
nouvelle fois à l’eau pure, et ensuite séchées et peignées, ce qui leur confère
une douceur et une finesse exceptionnelle.
Extraire la lignine de la fibre de chanvre
La lignine
est un biopolymère ligneux et dur qui représente 8 à 10 % du poids sec de la
fibre de chanvre. Elle est à l’origine de cette sensation rugueuse et rêche
associée à la fibre de chanvre traditionnelle. Si la lignine est extraite, la
fibre produite est bien plus douce et souple. L’impossibilité d’extraire la lignine
du chanvre sans altérer sa résistance a favorisé l’utilisation d’autres
cultures, ce qui constitue une autre raison expliquant le déclin spectaculaire
de son utilisation à l’ère postindustrielle.
Dans le
milieu des années 1980, les chercheurs ont développé une nouvelle technique
permettant d’extraire la lignine par des moyens enzymatiques et microbiens. L’enzyme
protéase digérant les protéines est d’abord appliquée à la fibre de chanvre, ce
qui réduit la concentration d’azote dans les tiges. Ensuite, les fibres sont
inoculées par une espèce de champignon appelée Bjerkandera qui
se nourrit de
la lignine. Les fibres produites selon
cette technique étant plus polyvalentes, le chanvre a commencé à connaître un
regain d’utilisation dans le secteur de la confection.
Filage de la fibre de chanvre
Le filage
du chanvre emploie une technique similaire à d’autres fibres naturelles.
Typiquement, les fibres sont torsadées ensemble pour former de longs fils continus,
qui sont souvent enduits de cire ou d’un agent similaire pour produire un fil
résistant à l’eau et plus durable.
C’est
souvent à cette étape du processus que d’autres fibres sont ajoutées au
mélange : plutôt que de produire un tissu mélangé avec différents fils
produits exclusivement à partir d’un seul type de fibre, le fil lui-même est un
mélange de fibres qui influencent ses caractéristiques finales. Ce n’est
toutefois pas toujours le cas : la futaine, par exemple, désigne
traditionnellement un textile fait d’une chaîne de lin (fils longitudinaux)
entrelacée avec une trame de coton (fils transversaux).
Le filage à la main
Traditionnellement,
le filage était réalisé à la main, sans autre aide que celle de deux outils
simples : le fuseau et le rouet. Le fuseau suspendu est un poids en forme
d’épi auquel la fibre brute est attachée, et le rouet est un bâton en bois
autour duquel les longueurs de fibre brute sont enroulées.
La fileuse
prépare son fuseau pour le filage et libère progressivement la fibre brute de
son rouet. Le mouvement de torsion et la traction infligée par le poids à
mesure qu’il descend progressivement permettent d’enrouler les fibres très
serrées pour former des fils. Certains amateurs et producteurs spécialisés
pratiquent encore le filage manuel utilisant ces outils traditionnels.
Les
textiles fabriqués à base de chanvre sont résistants et polyvalents et la
plante pousse rapidement. Ils concurrencent ainsi assez bien les autres fibres
végétales. Mais plus important encore est le fait que le chanvre est un
matériau durable, ce qui représente une alternative valide et encourageante
alors que la planète entière est à la recherche de solutions vertes.